Lecture obligatoire
le 22-10-2007 02:00

Sections : Politiques publiques: culture, livres, internet,..,


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Image Annoncée comme une lecture "obligatoire" pour certains , un motif de mobiblisation par d'autres ou encore une instrumentalisation de l’histoire, c'est aujourd'hui que la lettre de Guy Môquet fait sa rentrée scolaire.

Dans Légifrance, c'est dans l'arrêté du 21 septembre 2007 fixant le programme philatélique 2007/2008/2009, entre " La galerie des Glaces du château de Versailles remplace Frida Kahlo" et  "Le Stade de France ;Arbitrage et esprit sportif " que s'insère la trés brève ligne " Ajouter : Guy Môquet (1924-1941)".

Pour le BOEN , c'est dans une note de service (2007-138 du 2/8/2007 B0 n°30 du 30 août 2007) que Xavier DARCOS, ministre de l’éducation nationale, "remercie l’ensemble des équipes éducatives de s’associer à cette commémoration et demande aux corps d’inspection territoriale de suivre avec attention les modalités de sa mise en œuvre. "

La politisation de cette affaire est évidente. Et une fois de plus celle des contenus documentaires.

Sur Wikipédia, depuis le 17 mai 2007, l'historique des modifications est impressionnante : plus de 500 interventions  constituent clairement une "Guerre d'édition" .

 

Mais de quoi parlons nous lorsque nous parlons de lecture ?

un enseignant (volontaire ?) assurera une lecture (dans le texte) de cette lettre ?   Oui, ça c'est la forme.

Dans un deuxième temps, une " lecture",  critique celle là, nécéssaire, intéressante se fera-t-elle ? Celle de notre histoire, de notre administration qui permit cet acte : Les prisonniers ont été livrés aux fusils allemands par le Ministre de l'Intérieur du Maréchal Pétain Pierre Pécheu.

Quoi qu'il en soit, la manipulation politique des institutions par le gouvernement est (malheureusement) bien réelle : sinon comment expliquer que dans le texte de l’intitulé de l’hommage officiel le mot «camarade» est remplacé par «compagnon» ?  Dans le contexte de mémoire historique, dont prétend se draper cette commémoration, le mot CAMARADE est-il devenu un gros mot?

Mais comme le "souligne"  Henri Guaino, principal conseiller de Sarkozy, "Quelqu’un a dû penser que «camarade», ça faisait ringard. " et de comparer "C’est aussi bête que de gommer les cigarettes sur les vieilles photos. Mais est-ce si grave ? A force de se scandaliser de tout, on finit par ne plus savoir ce qui est important."

Se scandaliser de tout ? Oui, lorsque cela est nécéssaire !

Penser est nécéssaire, malgré les autres déclarations d'un autre responsable de notre gouvernement  :

Pour ma part, les textes sur la résistance sont présent dans la bibliothèque où j'exerce. Tout les textes possibles, c'est un devoir de mémoire. La lettre de Guy Môquet y était depuis longtemps.

Comme nous le rappelle  Lucie Aubrac , marraine de nombreuses médiathèques, que nous citons souvent ici  :

Le verbe résister se conjugue au présent.

 

 

Image  Durel Eric pour Bibliofrance





LA LETTRE INTEGRALE

 

Ma petite maman chérie,
mon tout petit frère adoré,
mon petit papa aimé,

Je vais mourir ! Ce que je vous demande, toi, en particulier ma petite maman, c’est d’être courageuse. Je le suis et je veux l’être autant que ceux qui sont passés avant moi.
Certes, j’aurais voulu vivre. Mais ce que je souhaite de tout mon coeur, c’est que ma mort serve à quelque chose. Je n’ai pas eu le temps d’embrasser Jean. J’ai embrassé mes deux frères Roger et Rino [1]. Quant au véritable je ne peux le faire hélas !
J’éspère que toutes mes affaires te seront renvoyées, elles pourront servir à Serge, qui je l’escompte sera fier de les porter un jour.
A toi, petit Papa, si je t’ai fait, ainsi qu’à petite Maman, bien des peines, je te salue une dernière fois. Sache que j’ai fait de mon mieux pour suivre la voie que tu m’as tracée. Un dernier adieu à tous mes amis et à mon frère que j’aime beaucoup. Qu’il étudie bien pour être plus tard un homme.
17 ans et demi ! Ma vie a été courte !
Je n’ai aucun regret, si ce n’est de vous quitter tous.
Je vais mourir avec Tintin, Michels [2].
Maman, ce que je te demande, ce que je veux que tu me promettes, c’est d’être courageuse et de surmonter ta peine. Je ne peux pas en mettre davantage. Je vous quitte tous, toutes, toi Maman, Serge, Papa, je vous embrasse de tout mon cœur d’enfant.
Courage !
Votre Guy qui vous aime

Dernières pensées : "Vous tous qui restez, soyez dignes de nous, les 27 qui allons mourir !"

 

 


 

[1] Roger et Rino sont des "frères" de combat militant.

[2] Tintin désigne Jean-Pierre Timbaud. Michels, c’est Charles Michels, tous deux seront exécutés avec Guy.

 



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