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Partager Il sera difficile de dire que nous ne sommes pas prévenus par Livres Hebdo : « 2007 sera numérique ou ne sera pas ! » suivi de « une vraie massification du papier électronique » (Nemoptic) et d’un « le livre électronique semble bien au début de sa phase d’industrialisation et de généralisation ». In le même site, sur son Blog, Patrick Bazin, aussi brillant qu'à son habitude, nous convie à cette réflexion : Livre ou écran ?Si le billet de PB est bien clair et passionnant, il aborde le «corps» physique du livre, qui est appelée à évoluer vers le numérique, les contours ou retombées de ce questionnement me semble plus flous : Quid du contenu de ces nouvelles formes de livres ? Un exemple comme celui du «lancement expérimental des Echos en version e-paper» est intéressant à plus d’un point : outre le coté laboratoire qui doit nous interpeller, il ne concerne encore qu’un type de publication (un périodique) et qu’une partie de la population tant qu’a la cible visée (qui peut se payer le contenant). Ce modèle est-il reproductible dans tous les pans de l’édition ? Pas si sur pour plusieurs raisons. Continuons, en excluant volontairement la transposition en numérique des formes d’expressions suivantes : le roman (la métaphore du théâtre de poche de PB est excellente), , le livre d’art en général, la BD, les livres d’artistes, les livres objets (je ne parle pas d’art digital), et demandons nous ce que les contenus documentaires des « e-livres », en « e-papier », restant (les documentaires, les essais, les périodiques,…) seraient ? Ce n’est pas la seule sphère de l'Internet qui peut/doit alimenter, par magie ou par flux, ces nouveaux contenants. Cela ne serait qu’une transposition de l’existant. Une réelle migration de « véritables » éditeurs (c’est un métier), ou bien encore d’éditions « gigognes », voire simultanées "papier"/"e-papier", vers/dans ces supports seraient une garantie des contenus. Mais en bons « esprits chagrins » et en faisant glisser volontairement (malhonnêtement ?) la sémantique, posons nous la question, une fois de plus : Livre ou écran ?… Le point d’interrogation nous oblige-t-il à choisir? Il serait vain d'essayer de localiser, (par peur de les limiter ?) tels des cartographies aux frontières bien tracées, les champs d'applications du Livre ou de l'Internet,. Toute médiologie, un peu sérieuse soit-elle, ne saurait se bâtir et fonctionner sur une approche manichéenne tel que "Le Livre OU l'écran". Le Livre ET l'écran ET ...ET....ET..... reste une approche qui intègre tous les médiums, sans distinction ou hiérarchisation de contenant, et peut offrir une vision analytique, qualitative, « explorative » et restitutive de l'information. Cette notion même de contenant et de contenu est au coeur de notre profession. L'histoire nous apprend que la voiture n'a pas empêché les piétons de "piétonner". Si le débat autour du livre et de l’Internet est nécessaire et salutaire, poser l’heuristique suivante : « Le livre OU l'écran » ne reviendrait-il pas, pour les bibliothécaires, à être comme des agents de la circulation qui se poseraient la question de la suppression des passages piétons ? Outre, les bienfaits de la marche pour la santé, ceci est impossible, dans notre environnement et notre usage actuel de notre société. Maintenant arrive la question de l'usage. Le contenu reste et restera dans la liste des fondamentaux, quelque soit le médium. Livres 2010 nous parle de la crise du Livre. Ecoutons, échangeons, apprenons et agissons !! Mais parlons nous autant, de la crise de L’Internet ? Le « médiologue » François Bernard HUYGHE (In / Crise, entreprise, nouveaux médias) nous le rappelle de très belle manière : « Internet n’est pas inépuisable », si sa cartographie thématique est potentiellement illimitée, la véracité de son contenu est, nous le savons en bibliothèque, pour le moins… flottante. De plus cette «… textualité numérique en réseau pourtant beaucoup plus souple [que le livre NDLR], interactive, diversifiée, globalisée… » décrite a malheureusement son Talon d’Achille. Je m’explique : En bon « sur-veilleur » documentaire, devant son Netvibes et ses 148 fils RSS spécialisés en bibliothèques et/ou ressources documentaires, le e-bibliothécaire 2.007 se rend très vite compte de la mise en abîme d’une information A, se retrouvant répercutée, voire renommée en B ou C ou D, ….à l’infini, en moins de temps qu’il n’en faut pour couvrir un livre. L’exemple est reportable dans tous les domaines. Ce n’est plus du bruit, c’est de l’écho. A l’arrivée, la source native, éventuellement pertinente, sera très dure à retrouver et à indexer. Quid d’une « machine » qui s’emballent en auto-générant une masse exponentielle d’exabytes « documentaire ». Quid de son référencement et de sa médiation envers nos usagers? Enfin, tout n’est pas « web2sien » ou « websifiable ». La textualité, si elle existe en numérique, et de magnifique manière, a aussi d’autres territoires comme la poésie, le théâtre ou encore le design et les arts graphiques. Dans nos réflexions actuelles, l’arbre numérique ne doit pas cacher cette forêt. Dans notre profession, parfois ce débat, « Livre OU Ecran ? » relève d’une volonté « d’Hypermodernité faciale » de nos métiers ou de nos établissements (les pressions ne manquent pas) et tente à nous économiser le débat (Tout est sur Internet…), et le travail d’une véritable stratégie de nos médiations, voire maïeutique, en offres et ressources documentaires. Le "trop numérique" est-il devenu la nouvelle offrande systématique, de nos cadres dirigeants, au dieu du numérique ? Dans un article du BBF, intitulé « Le fossé des générations : Cinq générations de bibliothécaires », Dominique Lahary cite une réponse à un questionnaire sur la perception entre générations de bibliothécaires : en raccourcissant à l'extrème cela donne ceci : « Les générations précédentes ont été plutôt dans l’immobilisme, faute de moyens je veux bien le croire. » Et plus loin : « le repli presque pathologique sur les techniques (indexation, catalogage) comme légitimité professionnelle et, du coup, le peu de cas fait des collections et encore moins des publics ». et pointant plus loin « une tendance à avoir plus de mal avec les technologies informatiques », une « peur de l’outil informatique ». Sans faire de raccourci trop facile, notre profession ne doit pas passer de cet exemple à celui là... Pour finir, le recours systématique à une forme de ressources (numérique), comporte le risque, par l’éviction d’autres sources même si elles sont parfois plus adaptées, plus pertinentes, d’une baisse de la pertinence de nos réponses et en avalanche de notre offre documentaire. Que je sache, nous ne faisons toujours pas notre liste de course avec une palette graphique ? Pour paraphraser Jean-Pierre Lardy, le retour aux fondamentaux des contenus nous incitent à dire, à faire : Vite… Le bon outil !! Quel qu’il soit : papier, numérique…ou…. Verbal ! Ce qui me « rassure » dans la chaîne du livre, c’est qu’elle à le pilonnage. A l’heure où vous lisez ces lignes, l’Internet à-t-il une poubelle ?
Eric Durel Pour Bibliofrance . 19-03-2007
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